Le blog de Gauhar...

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Saison 13

Exploration pour un système de protection sociale, avril-mai 2016

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mercredi 29 juin 2016

Aéroport Atatürk

Danseur soufi en céramique
Cette figurine en céramique aurait pu se trouver dans l'une des nombreuses boutiques de la salle de transit de l'aéroport Atatürk d'Istanbul. Mais c'est au grand bazar que je l'ai trouvée, à l'occasion d'une escapade seule en ville pour occuper les quelques heures d'une des nombreuses escales que j'y ai faites. Atatürk est l'aéroport que je connais le mieux après celui de Roissy, un des deux points de passage obligé - avec Dubaï - pour tout voyageur en provenance de l'ouest vers Kaboul et souhaitant rester aux bons soins d'une seule compagnie aérienne. Pour moi c'est Türkish Airlines, dont j'apprécie le professionnalisme, la gentillesse des équipages et les saveurs des plateaux-repas. Atatürk en est le hub. Cette compétence, associée à une position charnière entre l'Europe et l'Asie, en fait un des aéroports les plus fréquentés au monde. J'y ai fait de jolies rencontres, fortuites ou programmées.

Cette situation n'a pas manqué de focaliser l'attention de ceux qui veulent démolir le monde. Puisse l'ivresse soufie des derviches tourneurs leur permettre de garder les pieds sur la terre humaine, celle que nous peuplons tous ensemble dans la recherche de la vérité et de l'harmonie, n'en déplaise aux terroristes. Puissent les chauffeurs de taxi qui suspendent ces figurines au rétroviseur de leur voiture en recevoir et transmettre le message de paix.

mercredi 25 mai 2016

A propos d'une étude anthropologique

Comme un cadeau d'accueil et pour me mettre du baume au coeur, je trouve dans ma boîte aux lettres noirmoutrine le numéro 152 des ''Nouvelles d'Afghanistan'', avec cinq pages de recension de mon livre. Merci à l'ambassadeur Pierre Lafrance de sa lecture attentive et de ces commentaires acérés. Merci à Etienne Gille de les avoir largement mis en valeur.

mardi 24 mai 2016

Contrastes de saison

Monuments technologiques...
Faïences modernes à l'ancienne
Transports à grande vitesse

Choc culturel...
Rocade parisienne du TGV
Mémorial de Farkhunda


...On en chérira toutes les émotions. Merci Kaboul, bonjour Nimic !

lundi 23 mai 2016

Bosphore

Survol du bosphore
D'accord, on n'y voit pas grand chose... mais en plus d'une vingtaine d'atterrissages à Istanbul, c'est la première fois que je peux photographier le Bosphore :)

PS: Est-ce à cause du dernier crash égyptien, ou de l'annonce de l'élimination du chef des talibans par les Américains...? Quoi qu'il en soit, les contrôles de sécurité étaient particulièrement serrés aujourd'hui à l'aéroport de Kaboul... Je commence à avoir une certaine habileté à me dépouiller de tous mes biens dans les barquettes des zones de fouille ;)

Troupeau

Moutons de Panurge
En hommage à Rabelais, qui pratiquait déjà l'autodérision, cette dernière photo du troupeau qui passe régulièrement sous ma fenêtre à la recherche de sa misérable pitance, sans souci de la tondeuse du cardeur ou du ruban qui le désigne au prochain sacrifice.

dimanche 22 mai 2016

Vaste jardin ?

Parterre de roses à l'université de Kaboul
Etal de rue au matin
Karté Sé
Ma chasse au visa hier et aujourd'ui fut l'occasion de retraverser la ville dans tous les sens et à toutes les heures, comme ce matin où les étals des commerçants n'étaient pas encore déployés : il me fallait être avant sept heures au service étranger de la direction des passeports, pour que mon dossier puisse être pris en compte dans leur réunion quotidienne d'approbation. Hier j'avais été promenée entre différents services qui se renvoyaient la balle avec la plus parfaite mauvaise foi (chacun pensant sans doute obtenir quelque avantage illicite de l'agacement de leur interlocutrice déjà ulcérée de l'accumulation de procédures aussi fumeuses que coûteuses). Mais avec un taux de chômage de soixante pour cent, on ne peut que se réjouir qu'il faille quatre personnes pour tamponner le reçu du paiement de l'amende pour dépassement de visa, non ? Et dans ce vaste racket, on admirera l'équanimité d'une population qui est la première à en souffrir, que ce soit le yuppie marchant au bord de la route, la gamine en tenue de danseuse ou la ménagère aguichée par un prince de pacotille.
Prince charmant en affiche
Mère et fille au marché
Jeune professionnel

Tout ce beau monde vit avec l'idée de redonner à la ville le lustre champêtre qu'elle garde dans le souvenir des anciens et des voyageurs d'antan. L'université est entourée d'un cordon de rosiers, comme pour séparer les étudiants de la dure réalité du vaste chantier dans lequel ils devront faire leurs preuves. Les arbres tentent péniblement de reverdir depuis quinze ans, avec l'espoir que le changement climatique provoquera l'augmentation des précipitations.
Chantier sous ma fenêtre
Orage de chaleur

Bilan de ce vaste bordel ? Si tout va bien (bis), je serai dans l'avion demain :)

vendredi 20 mai 2016

Case départ

Panneaux solaires à l'aéroport
Donc, ce matin au petit jour je termine mes préparatifs pour le voyage : trois bagages dont j'imagine qu'ils me vaudront un excédent, et je laisse derrière moi les meubles, tapis, coussins et appareils ménagers que je confie à un ami pour les remettre à une famille nécessiteuse de sa connaissance. Certaines pièces d'ameublement ont déjà fait l'objet de cadeaux à d'autres amis : coiffeuse et son miroir à une jeune mariée, meuble bibliothèque à un intello méritant, bureau et micro-onde à l'aîné courageux d'une grande famille...

J'ai calculé large pour mon arrivée à l'aéroport, et je voyage souvent le vendredi afin d'éviter les embouteillages urbains. J'ai donc le temps de faire la photo des panneaux solaires qui permettent l'autonomie énergétique du complexe aéroportuaire. Ils occupent la place qui avait été initialement affectée à un grand parking, lequel a été relégué beaucoup plus loin par les mesures de sécurité. Arrivée à l'enregistrement, je règle sans sourciller la surtaxe de poids, puis me dirige vers la zone d'embarquement où j'espère pouvoir piquer un roupillon en attendant l'heure.

Au contrôle de l'immigration, je signale ma bonne foi en pointant que mon visa est expiré depuis cinq jours. Pour ceux qui suivent, j'avais eu bien du mal à l'obtenir, et l'ambassade afghane à Paris ne m'avait finalement délivré qu'un mois sur les deux que j'avais payés, arguant que le double coût était dû au titre de la ...procédure d'urgence ! Mais il suffirait, selon l'expérience de voyageurs précédents, de s'acquitter d'une taxe-amende correspondant aux jours en dépassement, cinq dans mon cas.

Et là, la machine s'enraye. L'officier d'immigration me dit que je ne peux pas embarquer. Malgré mes protestations, ma réservation est annulée et reprogrammée deux jours plus tard - une cinquantaine de dollars quand même - et je me retrouve dans un taxi - mon accompagnateur est parti depuis longtemps - avec consigne de me présenter au ministère du Tourisme pour la prolongation si je veux avoir l'insigne privilège d'embarquer la prochaine fois. Les amis auxquels je téléphone sont atterrés, et concluent que le vendredi il ne doit pas y avoir de fonctionnaire ad hoc à l'aéroport...

Pour compléter l'amertume de cette journée, une fois rentrée dans mon appartement où j'espère passer les quarante-huit heures de délai puisque j'en suis légitimement la locataire encore jusqu'au 20 juin, je découvre que ces quelques heures ont suffi pour que les plus belles pièces d'ameublement en aient été subtilisées par l'un des bénéficiaires de mes dons, non satisfait de la répartition que j'avais programmée...

L'Afghanistan cherche-t-il à se faire haïr ? Ou est-ce seulement une manifestation du désespoir ambiant, qu'une délicate opération de médiation pourrait dépasser en redonnant à chacun l'assurance d'être estimé et l'occasion de manifester son honneur ?

jeudi 19 mai 2016

Une ère est révolue

Salon à Sherpour
L'arbitre a sifflé la fin de partie. Je divague sur mes tapis entre trois piles d'affaires, celles que je remporte, celles que je donne, et celles que je confie à des amis dans la perspective d'un hypothétique retour. Dans quarante-huit heures, si tout va bien, je serai en France. Je vais quitter ces trois pièces avec vue imprenable sur la ville et les montagnes, où je viens de passer cinq des plus belles années de ma vie.

Pas une seule fois depuis que j'ai atterri à Kaboul en mai 2005 je ne me suis sentie individuellement menacée. J'ai connu des moments de peur glaçante. Quand la tempête de poussière bringuebale l'hélicoptère au ras de la paroi de pierre. Quand on se précipite sous le linteau de la porte en espérant que l'immeuble va résister aux secousses de l'écorce terrestre. Quand une explosion toute proche signale un déchaînement de violence intentionnelle et préméditée. A chaque fois pourtant j'étais en compagnies de personnes, Afghans ou étrangers, qui agissaient dans la solidarité et le respect de l'autre.

J'ai eu de la chance ? La chance, il y a quarante sept ans, d'avoir été initiée à l'Afghanistan dans la conscience de la beauté du monde et l'exaltation de sa diversité, dans l'intime de l'humanité. Même si principalement fantasmés, Zohra, Shah Bibi et Djan Mohammad ont pris place dans mon univers personnel. Ils m'ont conduite à cette perception fondamentale que nous sommes construits d'échanges et de partages au quotidien, et que nous existons réellement dans l'imagination et le projet, dans l'amitié et l'amour. Car à quoi bon se targuer d'être humain s'il s'agit simplement d'accumuler des "richesses" au détriment d'autres êtres vivants ? L'humain n'est-il pas plutôt ce concentré de capteurs physiques et de matériaux émotionnels qui nous fait reconnaître notre valeur individuelle dans la fusion avec l'infini ?
Matérieux afghans
Oui, je pense que les Afghans sont culturellement plus proches de cette perception que les habitants de nos sociétés matérialistes. Parce qu'ils habitent un des lieux du monde où se rencontrent les empires, que leur histoire porte la nécessité de survivre à leurs affrontements, ils ont développé cette capacité au sublime, à la transcendance, qui fait réellement l'humain, et qui insuffle chaque geste du quotidien. Oui, je crains que le monde piloté par la politique du chaos n'aboutisse à la généralisation de la violence, à la guerre mondiale, sauf à trouver d'urgence des voies de solidarité qui retourneraient cette tendance. Les risques que je pourrais prendre en Afghanistan en vaudraient la peine s'ils pouvaient nourrir un tel projet. Mais aujourd'hui le risque n'en vaut plus la chandelle. Un incident qui pourrait arriver à une personne de bonne volonté comme moi serait immédiatement récupéré à contresens par des intérêts partisans qui chercheraient à mettre de l'huile sur le feu.

Je rentre le coeur déchiré. Avec le souvenir d'amis morts dans la violence. En laissant d'autres amis dans la peine ou le désespoir, comme ce garçon brillant, diplômé et chaleureux qui dit maintenant que sa seule issue est de tenter les réseaux de migration illégale vers l'Europe...! Je rentre en espérant convaincre mes propres enfants que je le fais par amour pour eux, en espérant convaincre de potentiels donateurs qu'une des pistes pour le retournement vers la paix passe par la solidarité avec la population de l'Afghanistan ou d'autres régions martyrisées dans le monde.
Jeunes filles vers l'école

lundi 16 mai 2016

Etat de siège

Collines de Khairkhana
Le petit jour est comme un autre, radieux sur les collines, avec les vols de pigeon qui piquettent le ciel de leurs circonvolutions... Mais ce qui me réveille vraiment, c'est le calme inhabituel à ma fenêtre pourtant grand ouverte sur la fraîcheur de la nuit. Et puis je me souviens... Hier soir, alors que Shekeb me raccompagnait après le dîner partagé dans sa famille, nous avons trouvé le début de ma rue - l'avenue de Sherpour - bloqué par un conteneur posé en travers de la chaussée, au carrefour du Shahid. Il n'y était pas deux heures auparavant quand Shekeb était venu me chercher. L'Ambassade avait alerté : "Une importante manifestation est prévue demain lundi 16 mai dans la ville de Kaboul. En raison de la multiplicité de ses points de départ et de l’ampleur du dispositif de sécurité qui a été prévu, la circulation pourrait se révéler très difficile voire impossible."

Au lieu de klaxons et bruits de moteur, ce sont donc claquements de sabots sur le macadam et annonces de policiers au mégaphone qui troublent l'ambiance sonore quasi champêtre de cette matinée.
Carriole sur l'avenue de Sherpour
Le premier vice-président peut rester au calme à faire sa propagande ;)
Radio Dostum à Sherpour

8h30 : Des clameurs de manifestation se font entendre, comme d'une foule serrée haranguée par mégaphone. A la fenêtre, je ne remarque rien de particulier dans les avenues alentour, et il me semble bien que ce fond sonore est diffusé par le haut-parleur de la mosquée voisine...
10h45 : Un cortège clairsemé de manifestants passe effectivement le long de l'avenue Shahid, soutenu par quelques slogans. La mosquée - silencieuse depuis deux heures - se remet alors à émettre à plein volume les enregistrements précédents, histoire de galvaniser les troupes. Les hélicoptères de l'armée tournent au-dessus.

A la mi-journée sont publiés les commentaires de presse. Le coeur de la ville dans sa totalité avait été interdit aux véhicules par la pose de conteneurs sur les grandes artères menant au centre. Les manifestants ont respecté ce périmètre de sécurité - qu'ils auraient pu franchir à pied - et se sont rassemblés du côté sud de la ville, au carrefour de Deh-Mazang, où ils auraient été des dizaines de milliers. Les leaders de la communauté hazara ont joué la désescalade, en se faisant l'écho des mesures prises officiellement pour revoir le projet TUTAP, suspendu pour six mois. La manifestation s'est dispersée dans le calme.
A dix-sept heures, pourtant, Tolo News publie un article mentionnant des heurts entre manifestants et journalistes, au moment où ceux-ci étaient occupés à filmer des échauffourées avec la police. Plusieurs journalistes auraient été tabassés...

dimanche 15 mai 2016

Climat d'insurrection ?

Grâciés devenus kamikazes
Déjà il y a quelques jours j'évoquais le trépidant instinct de vengeance qui possède les rues kaboulies. Ces derniers temps, cette humeur a été entretenue par l'annonce que l'analyse des corps de deux des kamikazes de l'attaque contre les services de sécurité il y a trois semaines a montré qu'il s'agissait d'anciens captifs talibans, qui avaient été libérés par l'administration Karzaï à l'occasion de précédentes négociations de paix... Comme des gouttes d'eau versées sur de l'huile bouillante, le président Ghani n'a pas manqué ensuite de refuser les demandes de grâce concernant certains insurgés actuellement prisonniers, et a fait exécuter récemment une vingtaine d'entre eux. Les talibans ont aussitôt proclamé une vengeance inextinguible... L'engrenage de la violence fonctionne bien.

Pour chauffer un peu plus les rues, Ghani est aux prises avec un soupçon de reniement de promesses de campagne concernant le tracé TUTAP, comprendre de la nouvelle ligne de transport d'électricité depuis le Tadjikistan vers l'Ouzbekistan, le Turkmenistan, l'Afghanistan et le Pakistan... Le soutien de la communauté hazara au Président était fondé sur l'idée que cette ligne traverserait la province de Bamyan, ce qui aurait généré de nombreux emplois au moment de la construction, outre les retombées économiques de l'adduction elle-même. C'est sur un argument financier que se fonde le gouvernement actuel pour déclarer d'utilité nationale un tracé passant par le col du Salang. Les soupapes pètent les unes après les autres. Il y a trois jours, le président Ghani se faisait malmener en public à Londres par des manifestatns le traitant de menteur. Et demain est prévue à Kaboul une manifestation monstre, qui pourrait rassembler cinq cent mille personnes, dit-on, si tout le Hazarajat descend à la capitale...

Aujourd'hui, à l'occasion d'un déplacement vers l'Ambassade pour faire le point sur ma mission qui tire à sa fin, j'ai eu un aperçu de la tension ambiante. A mon habitude, j'ai utilisé les services d'une compagnie de taxis qui me connaît bien, Zohak. Ils sont cinq frères à avoir monté l'affaire, qui comptait plus d'une quinzaine de chauffeurs salariés il y a cinq ans. Aujourd'hui, seuls les frères sont encore occupés à prendre les courses de leurs fidèles clients : les autres sont trop risqués. Le trajet dure dix minutes à peine de chez moi jusqu'à l'ambassade, sur les grandes artères du centre. Au dernier carrefour avant la zone verte, il y avait un barrage de police occupé à filtrer les véhicules se dirigeant vers ce quartier exposé. Les fonctionnaires ont fait ranger notre voiture sur le côté - ce qui ne m'était jamais arrivé - puis ont demandé au chauffeur ses papiers. Et la discussion a commencé à s'envenimer, le taxi montrant sa licence, prenant à témoin sa passagère... J'ai alors simultanément compris deux choses : d'une part que les policiers en faction exigeaient de garder les papiers du véhicule et du chauffeur en attendant son retour après m'avoir déposée ; et d'autre part que ce qui exaspérait mon chauffeur c'est que, manifestement, cette exigence se faisait "à la tête du client", parce que lui comme ses frères sont... des Hazaras !

Kaboul, ville de paix
J'ai comme l'impression qu'il ne suffira pas de quelques pochoirs prônant la réconciliation pour apaiser les esprits... ni non plus pour décourager l'émigration clandestine des jeunes à l'esprit d'entreprise ! Et si la coupe de cheveux était réellement un indice, on pourrait s'inquiéter du nombre de chevelus hirsutes qui hantent maintenant les rues kaboulies : "ceux qui veulent se donner un look de bad boy, comme les talibans !" m'affirme un ami !

jeudi 12 mai 2016

Animation nocture

Jeudi soir, 21h23.
Toute la ville est subitement plongée dans le noir. Ca fait longtemps que ça n'était pas arrivé... L'hiver dernier les talibans avaient coupé l'alimentation principale en provenance du Tajikistan, et cela avait duré plusieurs semaines avant que l'armée puisse réinvestir les lieux pour replanter des pylones. Pendant cette période, chaque quartier subissait plusieurs heures de coupures par jour. Depuis, le printemps avait été plutôt calme, seuls des délestages occasionnels provoquaient des interruptions de quelques secondes avant que la tension revienne.
Et puis, aujourd'hui, je me vois de nouveau contrainte de chercher les allumettes à tâtons pour y voir un peu. Dehors, le ronronnement des générateurs occupe graduellement la nuit noire, où l'on voit néanmoins briller les illuminations des salles de mariages parées à toutes les éventualités. Mon ordi tient sur sa batterie, ma connection 3G aussi dès que l'émetteur de coms du quartier a bénéficié de son alimentation de secours. Les enfants de l'appartement voisin continent à jouer joyeusement, l'obscurité semble les amuser. Quelques immeubles bénéficient d'un éclairage blafard grâce à des batteries chargées par des panneaux solaires.
A 20h38, le quartier se rallume. Les enfants d'à côté lancent des cris de joie ! Le débit internet est beaucoup plus rapide juste après cet incident :)

Esteqlal

Sortie des classes à Esteqlal
Sortie du lycée franco-afghan de garçons... tous pimpants dans leurs uniformes :)

Certains rejoindront à pied leur domicile au flanc de la montagne de la télévision. Maisons au flanc sud de Koh-s Asmaï

mercredi 11 mai 2016

L'Afghanistan a besoin de toi !

Changeur au coin de la rue
Hier j'étais au Serena, cet hôtel de luxe qui offre les meilleures conditions de sécurité aux businessmen de passage, nonobstant de multiples attaques des insurgés durant ces dernières années. Il s'agissait cette fois de promouvoir auprès des jeunes l'idée qu'ils seront beaucoup mieux à travailler sur place plutôt que d'aller chercher à l'étranger des facilités ou une sécurité illusoires. Hauts fonctionnaires et entrepreneurs à succès ont multiplié les professions de foi, sous le haut patronnage du premier opérateur de télécommunications du pays.
Afghanistan needs you
Les appels à se rassembler autour de l'âme afghane ou les manifestations de l'esprit d'entreprise ont reçu une sorte de douche froide quand une jeune femme - animatrice d'une pépinière d'entreprises - a dégainé sa question : "Pourquoi peut-on obtenir une autorisation de création pour 15 dollars n'importe où dans le monde occidental alors qu'il faut débourser 800 dollars ici ?" La représentante du ministère des Rapatriés s'est retranchée dans une pitoyable dénonciation du "gouvernement bicéphale qui nous a été imposé de l'étranger", et l'on a noyé le poisson dans les remous des fontaines carrelées de marbre et de lapis-lazuli.
Marbres et lapis au Serena
Dehors, la circulation est soigneusement régulée par le seul feu tricolore réellement opérationnel dans le pays, et le vendeur de cartes de téléphone agite ses paquets de billets sous le nez des passants.
Feu rouge devant le Serena

lundi 9 mai 2016

Boloni

Bolonis du boulanger
C'est un petit beignet plat fourré aux pommes de terre ou aux légumes verts que l'on trouve habiuellement au coin des rues, frits à l'huile et vendus à la dizaine par les marchands ambulants. Un casse-croûte apprécié. Je me demande si le nom ne témoigne pas d'un héritage du passage de Marco Polo...

Tout à l'heure, mon boulanger favori en proposait d'énormes, cuits au four. Les voilà, je m'en régale avec un accompagnement au yaourt frais parfumé à la coriandre. Bon appétit !

dimanche 8 mai 2016

Maison blanche

Tempête de poussière à Kaboul
Comme Washington, comme Moscou, Kaboul aussi a sa "maison blanche". C'est le bâtiment de sept étages qui abrite les services du Conseil des ministres, juste en face du ministère de la Défense, à walking distance du palais présidentiel ou encore de l'ambassade de France. Bien qu'y étant conviée ce matin pour rencontrer une haute personnalité, je ne vous en propose aucune photo car elle fait partie des lieux interdits histoire de ne pas donner d'éléments aux terroristes. Voici plutôt donc la tempête de poussière qui a suivi peu après sous mes fenêtres...

De l'exercice, je garde un goût amer. Mon interlocuteur a profusément souscrit à l'argument de ma recherche : pour redonner confiance à la population afghane écrasée par les intérêts des empires mondiaux, un projet de protection sociale initié avec des financements privés internationaux est bienvenu. Pourtant, quand il s'agit de lui demander d'agir pour solliciter des soutiens symboliques de haut niveau - le président et le chef de l'exécutif - conjointement afin de dépasser le blocage politique actuel, il dégaine son argumentaire de bureaucrate entranché dans la logique tribale : "pour être convaincant, votre projet doit avoir une équipe..." Comprendre : "alignez donc quelques fonds qui bénéficieront à nos affidés !"

Je lui explique que je compte mobiliser localement des groupes de travail bénévoles qui feraient émerger des idées nouvelles et dessineraient un projet pilote avant d'espérer convaincre les grands donateurs. Il me faudrait circuler librement, avec un visa de longue durée plutôt que des visas de tourisme à chaque visite. "Même moi, quand je dois aller en Europe, j'attends des semaines avant de recevoir mon visa ! Les règles sont les règles," semble-t-il mettre un malin plaisir à me sussurer. C'est le badal, la loi du talion... Mais il est prêt à me faire "parrainer" au ministère des Affaires étrangères, pour que je reçoive un statut de consultante-chercheuse dépendant de ses services. Auquel cas le projet tomberait dans son escarcelle, bien sûr, avec tous les éventuels bénéfices politiques et financiers !

Le serpent se mord la queue. Les cadres gouvernementaux afghans savent qu'ils sont les jouets d'un jeu qu'ils ne maîtrisent pas. Ils ont appris à y survivre en en tirant les ficelles, en ramassant les miettes de la politique du chaos menée par la Maison blanche américaine. Les tempêtes de poussière sont leur élément naturel.

mercredi 4 mai 2016

La soupe du coin !

Boutiques
Ca fait bien longtemps que je m'étais promis de la goûter. Alors ce soir, au retour d'une promenade à pied sur la colline pour admirer les couleurs du couchant et les constructions nouvelles du côté de l'aéroport, j'ai sauté sur l'occasion quand Shekeb a suggéré de s'arrêter à la boutique. Dommage, je n'avais pas mon appareil en poche... j'aurais pu vous faire saliver devant un bol de soupe de pied de veau... bien grasse et bien poivrée, exactement le genre que j'évite en régime habituel, mais quel délice !

Nous étions les derniers clients de la journée, et le cuisinier a pris le temps de raconter comment il avait construit sa clientèle dans la boutique d'en face. Quand le propriétaire mourut, il était resté quelques temps au service de la veuve, mais son remariage avait rendu la situation compliquée. Depuis un an il est à son compte. Sa renommée lui assure un revenu confortable grâce aux commandes groupées des bureaux voisins à l'heure du déjeuner, à 150 afghanis (environ deux euros) le bol. Un pied de veau coûte 400 AFS, et il en fait sept portions. Cependant les affaires tendent à baisser, en phase avec la situation économique et sécuritaire du pays.

Shekeb dit que le moral général remonte depuis que le président Ghani a proclamé un changement de politique vis-à-vis des talibans, à la suite de l'attentat dévastateur contre les services de la sécurité nationale il y a deux semaines. L'esprit de vengeance implacable a pris le dessus, la population s'y retrouve. La situation devient plus tendue, presqu'électrique. Mais chacun, dans le quartier, semble mettre un point d'honneur à me faire sentir bienvenue. Aujourd'hui, mon proprio a même commencé les travaux de réparation des tuyauteries qui, depuis cinq ans que j'ai emménagé, fuient au-dessus de chez moi et pourrissent littéralement ma salle de bain. Tout cela fait un peu douche écossaise...!

vendredi 29 avril 2016

Fin de semaine

Le meilleur kabab de Kaboul
S'assurer de la compagnie d'un ami de confiance. Déambuler dans le soleil de printemps le long des allées du parc. Constater la fermeture du restaurant qu'on avait ciblé. Se rabattre sur l'étal aux fumets odorants du meilleur grilleur de kababs de Kaboul. Embarquer de quoi nourrir un régiment. Remonter avec un plaisir anticipé vers l'ombre de son salon pour déguster l'aubaine, accompagnée de salades de saison. Plaisir parfait pour un jour de repos kabouli.

Petit ânier deviendra grand En cerise sur le gateau, cette enne-plus-une-ième rencontre avec le petit ânier chineur, qu'on a déjà eu le bonheur de vous présenter ici et ici :) Mon ami Djan en profite pour lui demander s'il va à l'école : oui, en niveau 8 (classe de 4ème).

Notre conversation ensuite porta sur le sort de ces enfants qui traînent les rues pour apporter un revenu de complément à leurs familles, quand ils n'en sont pas les seuls soutiens. Quelle que soit la situation individuelle de l'enfant - même totalement privé de parent au premier degré - les relations traditionnelles de solidarité font qu'il existe toujours une maison pour l'accueillir la nuit. Mais cela n'exclut pas les situations d'exploitation abusive, ou de nécessité économique passant avant l'éducation. Comment alors faire parvenir à l'unité économique une aide qui permette la bonne scolarisation de l'enfant en évitant que cette aide soit détournée à d'autres usages ? C'est toute la problématique de l'étude que j'entreprend.

Accessoirement, après notre bon repas au calme de mon salon en terrasse surviennent quelques questions de fond : y a-t-il une chance que mes travaux actuels apportent une quelconque amélioration à la situation afghane ? Est-ce seulement un fantasme d'occidentale protégée par son statut ? Est-il moral de vivre à Kaboul avec mon revenu de riche (?!) retraitée ? Serait-il plus moral de ne plus venir en Afghanistan ?

lundi 25 avril 2016

Archives nationales

Collections anciennes
Ces contrats issus des collections afghanes, soigneusement calligraphiés par des scribes soucieux de la paix entre parties, sont-ils plus caractéristiques de l'identité culturelle afghane que l'exercice de style exécuté sous nos yeux par une jeune érudite ?
Culture afghane
Les deux sont complémentaires, bien sûr, et ce n'est pas Pascale Bastide, directrice du Musée de la culture afghane, qui me contredirait, elle qui inaugurait aujourd'hui aux Archives nationales une exposition d'oeuvres classiques de toute beauté.

Au titre de la culture contemporaine afghane, on pourrait bien mettre cette collection de petits métiers de rue que je vous montre depuis ma fenêtre, non ? D'ailleurs, aujourd'hui j'y ai ajouté celui-ci, que je voulais vous livrer depuis longtemps sans avoir pu l'alpaguer : le vendeur de glaces dont le crincrin porte des Happy birthday to you! à tous les coins de rue pour allécher le client. ;)
Glacier ambulant

samedi 23 avril 2016

Le vieux de la montagne

Colline du vieux
"Dawa push ! Dawa push !" Tel est l'appel que j'entendais tôt ce matin sous ma fenêtre... Curieuse à mon habitude, d'autant que je comprends plus ou moins le sens de ce cri (poseur de médicament...?), j'observe un petit bonhomme coiffé d'un turban de guingois (comme les vieux hazaras) et portant sur le dos un conteneur en métal : il en sort un tuyau de caoutchouc au bout duquel est fixé un tube métallique qu'il brandit à la main droite, alors que sa main gauche tient un sac en plastique contenant diverses boites de carton. J'en déduis qu'il propose des services de fumigation de produits variés, insecticide, herbicide, engrais ou autres...

A peine a-t-il tourné le coin que résonne déjà dans le vide des rues l'annonce d'un autre, qui m'est, celle-ci, incompréhensible. L'émetteur apparaît dans l'ombre de l'aurore sur un vélo harnaché de sacs en plastique, qu'il stoppe quasiment sous mon nez - ou du moins dans l'axe de mon objectif - dans une flaque de lumière reflétée par le bâtiment voisin. Une fois l'engin soigneusement calé sur sa béquille, l'homme - pas bien vigoureux - franchit l'égout pour aller frapper du plat de la main au portail métallique devant lequel il s'est arrêté : deux coups fermes, puis il revient sagement à côté sa bécane. Il n'attend qu'une ou deux minutes, et la porte s'ouvre pour laisser passer une gamine qui lui tend un petit paquet. Impossible, de là où je suis, de voir de quoi il s'agit. Une simple salutation est échangée, la fillette rentre et le brocanteur satisfait remonte gaillardement son biclou vers de nouvelles aventures.
Récupération en porte-à-porte

Ainsi va le cycle de la récupération et de l'entretien des maisons particulières, dans un quartier traditionnel de Kaboul aux très petites heures du jour, alors que le soleil est à peine levé sur la colline du vieux de la montagne, tapa-e Galidzadan.

jeudi 21 avril 2016

C'est l'heure !

Ribambelle sur le chemin de l'école
Caravanes d'écoliers
C'est un bonheur de traverser la ville à l'heure de la rentrée des écoles ! Les grands frères poussent des brassées de petits et les grandes sœurs tirent des caravanes de plus grands, tous dans l'allégresse de la recherche de la connaissance. Plus loin, les anciens célèbrent le respect de cette connaissance dans l'ombre soyeuse des librairies au pied des vieux quartiers de Deh Afghanan, là où les antiques entrepôts ne servent plus que d'abris de fortune.
Librairie du soleil
Antiques entrepôts à Deh Afghanan
Ils sont des millions de jeunes Afghans à être sortis du système scolaire et universitaire depuis dix ans. Jusqu'à récemment, quand leur famille avait eu les moyens de leur offrir une formation diplômante dans un domaine recherché (anglais, business, informatique, sciences), ils se casaient dans les projets de reconstruction ou auprès des représentations internationales. Avec le dégonflage de la bulle de l'aide, la machine s'est enrayée, et leurs perspectives se tournent vers l'étranger.

Souvent, une bourse d'étude dans un pays développé leur semble la seule solution légale à leur marasme. Les dossiers sont épais, les documents nombreux à fournir, et ils doivent être produits en langue anglaise. Pour les diplômés de l'université de Kaboul, ce parcours d'obstacle est devenu un cauchemar car sous prétexte de manque de budget, les versions anglaises de leurs précieux parchemins ne sont plus fournies depuis deux ans. Les jeunes en souffrance n'y voient qu'une réelle explication : le gouvernement veut les empêcher de partir. De quoi faire monter la pression de l'insatisfaction populaire ?

Echoppes de Deh Afghanan

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