Le blog de Gauhar...

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Saison 14

Accueil de migrants en France

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mercredi 31 mai 2017

Chahar-Rah-é Zanbaq

Entrée du lycée Amani
Voici ma photo la plus proche du carrefour où a eu lieu ce matin l'attentat suicide qui a fait plus d'une centaine de morts à Kaboul, à proximité de l'ambassade de France... et du lycée Amani financé par la coopération allemande ! La photo date d'octobre 2012. On peut craindre que de nombreux enfants fassent partie des victimes. Et voilà ce que j'écrivais à la même époque à propos de ce carrefour :

"Il y a à Kaboul une kyrielle de carrefours symbolisant les ruptures tribalo-traditionalistes, qui supportent l’essentiel des tensions. Ce sont des lieux d’insécurité structurelle parce qu’y sont postés des points de contrôle militarisés, destinés à protéger les occupants d’un des côtés de la barrière contre les occupants de l’autre côté. C’est sur ces endroits que se concentrent les risques d’attentat suicide ou autre incident de sécurité. Le chauffeur ou le piéton le plus nonchalant ne peut se défaire d’un sentiment d’urgence en franchissant l’un de ces contrôles. L’un d’eux est Tchahâr-râh-é Zanbaq à l’entrée de la ‘zone verte’, la zone ‘sécurisée’ qui abrite le palais présidentiel et un certain nombre d’ambassades, celles des Etats-Unis et de France notamment. Tchahâr-râh-é Zanbaq est l’endroit que doivent franchir à pied les visiteurs de l’ambassade de France qui ne disposent pas d’un véhicule muni d’une habilitation de sécurité. Depuis dix ans avec la détérioration des conditions de sécurité, les conditions d’habilitation des véhicules se sont faites de plus en plus restrictives. Le nombre de personnes obligées de franchir à pied la centaine de mètres séparant le point de contrôle de l’entrée de l’ambassade de France a augmenté en rapport. Il n’est pas possible aux véhicules, par manque de place mais aussi par souci de prévention contre les attentats à la voiture piégée, de se garer à proximité du point de contrôle. Et par ailleurs, les artères le desservant sont embouteillées en raison des contrôles, ce qui rend aléatoire le moment potentiel du passage d’un véhicule pour le ramassage."
Anthropologie de l'égalité sur une fracture du système-monde, p. 230, Editions de l'Harmattan, 2015

Déjà le marionnettiste qui tient lieu de président américain parle d'augmenter les forces internationales en Afghanistan. C'est le contraire de la solution. La vraie solution passe par le désamorçage du cycle de la vengeance en engageant un vaste programme international civil de solidarité à la personne, un revenu universel destiné à inverser la spirale d'insécurité et de violence qui sape tout effort de coopération. Marc Zuckeberg, patron auto-enrichi de Facebook, met justement l'emphase sur la responsabilité des nantis dans la recherche de solutions. Au niveau français, Benoît Hamon a construit un programme présidentiel autour de ce constat. Ce sont de bonnes idées, elles exigent néanmoins, pour être efficaces, de se développer à destination des vrais démunis, les populations qui vivent sur les zones d'affrontement des empires.

mercredi 26 avril 2017

Au revoir ?

Adieux douloureux à la Guérinière
L'amertume sourdait dans la tristesse, ce matin sous le soleil piquant, quand les Noirmoutrins ont assisté impuissants au départ de leurs "gars" vers un nouveau lieu d'accueil. Ces huit jeunes gens afghans et pakistanais avaient débarqué à l'automne dernier, transportés en car par l'administration française depuis Calais vers un point de chute choisi au hasard parmi ceux disséminés partout en France, sans cohérence globale autre que le volontariat local. A l'initiative de sa Maire, la commune de la Guérinière en avait été. Tout un groupe de bénévoles de l'Île s'était alors mobilisé pour rendre leur séjour agréable à ces déracinés, démunis de tout et loin de leurs familles souvent quittées depuis plus d'un an dans l'angoisse et la précipitation. On savait que c'était provisoire, les logements devant être libérés avant l'été pour revenir à leur destination habituelle, l'hébergement de gendarmes saisonniers. Mais les services centraux avaient assuré que ce laps de temps serait suffisant à clarifier les dossiers officiels dans la perspective d'une intégration.

En presque six mois donc, des liens forts se sont noués avec ces jeunes migrants forcés. Pour égayer leur état d'esprit indexé sur le tracas des demandes d'asile, l'équipe d'accueil - bénévoles et travailleurs sociaux - a animé tout un programme d'activités linguistiques, culturelles et sportives et de suivi sanitaire. Le caractère de chacun d'entre eux, le traumatisme qui l'a mené sur les chemins de l'exil, ses aspirations à un avenir meilleur restaient pourtant l'objet des inquiétudes de la petite communauté qui s'est organisée autour d'eux. Alors, quand se sont succédées les annonces de rejet de chacun des dossiers, quand les arcanes des procédures se sont faites de plus en plus incompréhensibles sinon carrément injustes, l'humeur générale s'est détèriorée, chez les hôtes comme chez les invités.

Aujourd'hui, alors que les larmes coulaient sans retenue dans les embrassades de la séparation, les commentaires fusaient : "Pourquoi détruit-on une intégration qui se passait si bien ? C'est comme si quelqu'un cherchait à les regrouper pour pouvoir plus facilement les expulser le moment venu !" On se demande alors s'il ne serait pas opportun de porter la question au niveau politique national... Garantir le droit d'asile et en appliquer généreusement les dispositions ne serait-il pas un engagement qui pourrait faire la différence dans la course à la présidentielle française ?

Alors seulement l'antienne de la fraternité pourrait-elle se prévaloir de mettre un pont entre la liberté et l'égalité.
Un pont sur le marais noirmoutrin

samedi 7 janvier 2017

Toujours Charlie

Sagesse pachtoune
Il y a deux ans je recevais à Kaboul la nouvelle de l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. Mon émotion s'amplifiait des réactions ambiguës que les attaques parisiennes avaient provoquées dans la société locale, un miroir presque parfait de celles constatées en France, entre horreur, soutien à la liberté d'expression et reflexe communautaire... comme une preuve par le vif que la question est bien celle de la reconnaissance de notre humanité commune dans les différences, alors que, pourtant, l'égoïsme de nos sociétés riches les rejette dans l'opposition des cultures. L'exaspération de ces contradictions m'a menée quelques temps après à arrêter mes activités afghanes.

Mais c'est par ces lignes de sagesse soufie (dont je ne connais pas le détail parce qu'écrite en pachto) ou ces preuves d'esprit scientifique - trouvées un an plus tôt sur les murs du lycée de jeunes filles de Djallalabad, que je garde espoir dans la réconciliation, et en tout cas dans l'inéluctable vérité que nous ne sommes que des atomes concourrant à l'évolution de l'univers.
Classification périodique pour jeunes filles

mardi 29 novembre 2016

Carrefour des empires

Napoléon-Vendée
Filet de pêche Quelle préfecture française fut instaurée en 1804 par un empereur, dessinée sous forme de pentagone, quadrillée en damier, ornée de sa statue équestre et appelée de son nom ? Celle où se retrouvent aujourd'hui une patrouille d'éclaireurs arrivés du carrefour des empires pour échapper à la pression inhumaine d'intérêts exogènes en compétition sur leur zone d'habitat. Indice utile, l'économie de ce département d'accueil est pour une part fondée sur le filet de pêche.

Celui qui râle tout le temps pour prendre l'ascendant sur le groupe et en tirer quelque profit, celui qui rêve face à l'océan embrassé pour la première fois, celui qui reste cloîtré dans son désespoir fait de harcèlement communautaire et d'éloignement familial, celui qui s'émerveille de voir sa bobine sortir du photomaton en cinq exemplaires, celui dont les talents de cuisinier l'assignent au rôle d'intendant pour tout le groupe, celui qui s'évertue à pointer la liste des aliments autorisés ou non, celui dont les toux diurnes et sueurs noctures font craindre un méchant virus... Ils se sont levés, hébétés et anxieux, au petit matin gelé, pour prendre un bus vers les équipes du Centre d'accueil des demandeurs d'asile. On y démêle pour eux les arcanes des nouvelles dispositions applicables aux migrants provisoirement hébergés après le démantèlement de la jungle de Calais. Ils ne connaissent rien à la vie d'une province française. Entre espoir, excitation et sombre ennui, ils courent la chance ou le risque d'un dossier dont personne ne pourra leur expliquer l'issue.

Hasard, ou destin, que je m'y sois retrouvée avec eux ? :)

vendredi 11 novembre 2016

Oracle ou court-circuit ?

Cérémonie de la victoire
Pourquoi dans ce blog afghan une photo de commémoration française ? Parce que je suis tombée inopinément aujourd'hui sur cette cérémonie, au pied du petit immeuble où sont hébergés une dizaine de jeunes migrants afghans ou pakistanais, tout juste arrivés de Calais pour être provisoirement logés dans notre commune pendant leurs procédures de demande d'asile. Comme une couvée d'oisillons maladroits ils se débattent dans ce milieu nouveau et incompréhensible, clamant leur désir de vivre et leur crainte de l'expulsion.

Ce sont des mondes hétérogènes qui essaient de s'entendre, dans la cacophonie globale de la politique internationale encore plus inaudible depuis l'élection d'un nouveau président américain. L'énumération des combattants tombés au cours des guerres du vingtième siècle saura-t-elle exorciser le présent et nous promettre un futur ? Les Afghans pourraient bien ne pas y croire. So long Marianne ! nous chante une dernière fois Léonard Cohen...