Le blog de Gauhar...

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mercredi 23 décembre 2015

Britanniques et Russes : ''The Great Game revisited ?''

Première neige à Kaboul
Cela fait juste un an que l'agence russe ''Sputnik'' avait sollicité mes 'lumières', et l'hebdomadaire américain ''Newsweek'' lui avait emboîté le pas l'été dernier... ;) Me voilà donc sacrée oracle international puisque - jamais deux sans trois - l'équipe de Moscou réclame à nouveau ma contribution, bien qu'aucune des précédentes n'ai fait l'objet d'une publication. Il s'agit cette fois-ci de me soutirer des commentaires sur l'implication de forces spéciales britanniques dans les opérations de contrôle de l'insurrection dans le sud du pays.

Dear Anastasia: Again, I have no competence to judge on military operations. What can be felt from my Afghan friends here in Kabul is a total dismay at their own Government's incapacity to deal with surprise attacks in various parts of the country. But how could a client State cope with foreign interests which are too big for their ability? We know that terrorism cannot be prevented, especially when fighters intend to die: no army could defeat it, even with the most sophisticated equipment.

My own analysis of the global situation is that major world powers from any block have to understand this, and start considering the real life of the people living where their empires - be it Western block, Russia, China or else - overlap and compete for untapped ressources. Afghanistan is such a margin area. People here have lived under external pressure for millenaries. What they need now is human consideration, a sign that they are not just expendable pawns on the world chessboard. This would start with rich countries to cooperate and invest on social protection systems in these areas rather than fight one another in desperate support for local State's security.

Et juste pour vous remercier d'avoir lu jusqu'ici, ce cliché pris sur l'étal d'un vendeur ambulant de mon quartier : comme un clin d’œil à ce qu'est réellement la solidarité avec les populations... malheureusement en voie de disparition puisque les ONG quittent une à une le pays, en laissant derrière elles les signes de leur passage !
Livres de médecine d'occasion

lundi 21 décembre 2015

Chab-é Yalda

Nuit de Yalda
La nuit la plus longue de l'année est célébrée dans le calendrier persan sous le nom de nuit de Yalda, nuit de la lumière et du renouveau. On illumine la maison à la bougie, on déguste des fruits rouges de saison, pommes, grenades ou kakis, symboles de vie.

Pour moi, ce sera juste l'espoir qu'il n'y aura pas de coupure d'électricité.. Ou alors, je n'aurai qu'à me réconforter en croquant des chocolats de Paris, tout en m'emmitouflant dans mon chapan, cet élément indispensable de garde-robe acquis l'année dernière à Rostaq. Il s'agit d'un manteau ouzbek en coton matelassé, tellement épais qu'il tient assis tout seul sur mon lit quand je l'y installe ;)
Chapan pour se tenir au chaud

dimanche 20 décembre 2015

Rivière (de) Kaboul

Pont de la madrasse Khatam_al_Nabyin
On la devine à peine dans le lit sinueux tracé entre les bâtiments publics ou privés. On pourra la voir vraiment si on se donne la peine de s'arrêter sur l'un des nombreux ponts qui l'enjambent, comme le pont Hartal au pied de Sher Darwaza, qui mène à ChehelSetoun...
Pont Hartal

Vers l'amont...
Rivière Kaboul vers l'amont
ou vers l'aval...
Rivière Kaboul vers l'aval
...ce n'est que mares de boues au milieu des immondices attendant la fonte des neiges au printemps pour mériter le nom de rivière. Alors, on se souviendra qu'elle n'est pas seulement pont de paille (kah poul) mais aussi raison d'être de la ville.

Car même invisible elle fait vivre les petits commerces sur chacune de ses passerelles...
Passerelle Timourshahi
et elle participe à tous les drames de la cité.

C'est en son lit que s'est conclu ce printemps le lynchage de Farkhunda, qui donne maintenant son nom au quai autrefois appelé Andarabi...
Quai Farkhunda, où se construit le mausolée en son honneur
...ainsi qu'au jardin de la mosquée Do-Shamshira où la tragédie a commencé.Jardin de la mosquée Do Shamshira, maintenant jardin Farkhunda

jeudi 17 décembre 2015

ChehelSetoun : guerre et paix

Guerre et paix
Quand un enfant de la guerre va à l'école, que dessine-t-il à ses moments de liberté ? Son espoir de vivre dans un monde apaisé. Il lui faut une solide dose de résilience pour continuer à envisager un futur serein : les livres dont il dispose sont déjà passé entre les mains de plusieurs classes avant lui...
Livres résistants à l'usage

Il mange souvent sur le pouce dans un coin de l'atelier où il gagne de maigres ressources pour sa famille...
Casse-croûte à l'atelier

...alors que d'autres ont profité d'un repas traditionnel bien chaud : ash et qabouli (soupe de nouilles et ragoût de mouton au riz pilaf).
Ash et qabouli

A chaque accueil à l'école, il continue à chanter avec passion l'hymne national afghan qui rassemble toutes les ethnies dans l'idéal d'un monde équitablement partagé !
Tous égaux, tous frères !

lundi 14 décembre 2015

Yakatut et Cie

Bazar de Yakatut
Il fait froid, mais chacun profite des rayons de soleil pour résister, ou se réchauffe comme il peut d'un casse-croûte ou d'un bon coup d'huile de coude ;)
Au moins ça réchauffe

Aujourd’hui au menu, c'est berendj et dhal : riz pilaf et lentilles
Berendj et dhal



J'aurais aussi pu vous montrer les ruines de la maison qui a été détruite il y a deux nuits dans mon quartier, mais je préfère le sourire du colporteur qui continue son train-train sans sourciller... comme moi d'ailleurs. Cette vue est prise juste derrière, ça vous donne une idée du type de bâtiment qui a été visé.
Colporteur à Cherpour

jeudi 10 décembre 2015

Cantonnier, chiffonier, colporteur et cireur de chaussures

Petits métiers de Kaboul
Petits métiers de la rue kaboulie.
Cireur de chaussures devant le restaurant ouzbek

mardi 8 décembre 2015

Deh Mazang

Grimper la colline vers la maison
Quand on doit grimper sur deux cents mètres de dénivelé une pente à 40% pour rentrer à la maison, on se donne du courage en se tenant par la main... sous l’œil protecteur de l'épicier local qui attend le chaland en compagnie de ses oiseaux en cage, toujours prêt à vendre friandises et autres denrées de première nécessité !
Un commerçant à l'oeil bienveillant

C'est tout un petit monde qui vit dans la rue, comme ici le cordonnier tirant sur son fil pour raccommoder des savates éculées.
Cordonnier à Dasht-e Baghtchi

Il sera alors temps de se restaurer autour d'un plat traditionnel : chola et krout, mélange de céréales agrémenté d'une sauce au fromage fermenté...
Chola et krout
...et de se réjouir des merveilles en perles de verre confectionnées par les petites mains de la maison.
Verroterie

jeudi 26 novembre 2015

Etat d'urgence

Difficile de montrer les réalités de la vie dans une ville en guerre. Quoi de plus serein en effet qu'un ciel de début d'hiver, dont le soleil couchant illumine les montagnes vers l'est... mais pas que ! Cet insecte blanc en haut de la photo, accroché à un câble deux cents mètres au-dessus du palais présidentiel (...ou de l'ambassade américaine, au choix ;) ), contient une panoplie d'instruments électroniques destinés à surveiller déplacements et communications suspects. Un tel engin avait été testé et utilisé avec succès à Tagab à l'époque de l'intervention française, jusqu'à ce que les insurgés le descendent à coup de rockets.
Mouchards dans le ciel
Les Kaboulis - après les Tagabis deux ans plus tôt - ont appris à vivre sous l’œil du cyclope, auquel un jumeau a été attribué - on le voit un peu plus loin, au raz de l'horizon à droite de la photo, au-dessus de la zone où sont rassemblés les camps militaires sur la route de Djallalabad. En examinant attentivement la photo toujours vers l'horizon, on remarque aussi deux insectes noirs rasant les bâtiments : deux hélicoptères en patrouille.

S'habitue-t-on à être surveillé, mesuré, écouté en permanence ? Cela améliore-t-il réellement la sécurité au quotidien ? Est-ce un outil indispensable pour aller vers la paix ? Ce n'est pas l'expérience des Kaboulis. Aujourd'hui encore, je discutais avec des professionnels afghans, dans le cadre d'un programme de protection de l'enfance. Leur premier souci, à titre personnel, c'est qu'aucun système de protection sociale n'existe pour leurs familles si un malheur devait leur arriver. Homme ou femme, leur salaire fait vivre toute une famille. Leur voisinage les jalouse comme des nantis parce qu'ils ont la chance d'avoir du travail, ce qui les met au risque d'un enlèvement crapuleux. Et même ces pauvres avantages - un revenu mensuel de deux ou trois cents dollars - sont en train de leur glisser entre les doigts, avec l'extinction de la plupart des programmes d'aide internationale. Oui, il y a urgence. Elle nous concerne tous.

mardi 24 novembre 2015

Pleine lune sur Bibi-Mahruh

Lever de lune sur Bibi-Mahruh
Il avait fait très gris toute la journée, et j'étais retranchée dans mon bureau pour quelques travaux d'écriture. Et puis vers cinq heures, alors que la voix du molla s'élevait au-dessus des toits, je me suis approchée de la fenêtre pour tirer les rideaux avant la nuit. Elle était devant moi, radieuse, cabotine derrière ses nuages à attendre qu'on l’attrape, alors qu'elle flirtait avec les derniers rayons du soleil !

Un spectacle réjouissant pour quiconque apprécie les merveilles naturelles.

samedi 21 novembre 2015

Soir gaulois, matin afghan

Promenade en bords de Seine
Après une dernière visite aux quais de Seine au pied de la cathédrale, là où se promènent les amoureux de Paname - volatiles aussi bien que primates, on retrouve les aurores de Kaboul dont la lumière perce les nuages comme un appel à la prière. L'accueil est toujours chaleureux même si l'on partage la tension du quotidien, même si l'on connait l'incertitude du lendemain.
Aurore kaboulie

dimanche 15 novembre 2015

Bataclan

Offrandes du souvenir au Bataclan
Des centaines de bougies allumées, des billets serrés au creux de la main avant d'être déposés, des souvenirs offerts comme cette guitare d'enfant... Les Parisiens se recueillent devant le Bataclan et les autres lieux où se sont déroulés il y a deux jours des attaques terroristes et aveugles.

Médias à l'affut devant le Bataclan
Les médias se pressent pour cueillir l'émotion. Mais il me semble qu'au-delà de l'incompétence de nos dirigeants politiques à saisir l'ampleur du défi qui est posé aux États, ces terroristes - sans s'en rendre compte - nous rappellent tous à notre propre et commune condition humaine en convoquant à la fois la douleur et l'empathie. A forces d'attentats insensés, ils nous portent ensemble dans cette conscience collective et - on l'espère - dans l'élan du courage individuel et de la solidarité.

On essayera de s'y tenir pour notre prochaine saison à démarrer dans trois jours.

lundi 9 novembre 2015

Maître-mot : fusion

Trente-cinq ans d'Afrane
C'était hier, à la Cartoucherie, la célébration des trente-cinq ans d'Afrane, association d'amitié créée par les français d'Afghanistan pour rassembler leurs énergies et accompagner la résistance de la population aux ravages de l'intervention soviétique et ses suites. Ce fut un beau moment de fusion, symbolisée dans la création des jeunes artistes afghans, ceux du théâtre Aftâb avec leur Ronde de Nuit ou encore ceux du groupe musical de Bismillah, qui revisite des airs traditionnels avec des comparses occidentaux.

Fusion sera aussi le maître-mot de ma prochaine saison afghane, prévue pour débuter dans moins d'une quinzaine. A très bientôt !

vendredi 31 juillet 2015

A la poursuite de Molla Mansour

Qui eût dit que je m’intéresserais à un quelconque leader des Talibans ? Voilà que la conjonction de l'annonce de la mort de Molla Omar et celle de la parution de mon ouvrage m'a valu l'intérêt d'une pigiste de Newsweek pour alimenter son article sur le nouveau chef des sus-dits, Molla Mansour. Voici donc la teneur de ce que je viens de lui envoyer :

''Dear Eilish, I just saw your message as I'm presently vacationing on the French Briton seaside. Regretfully, I don't have any specific ideas about who Molla Mansour is, and what his politics could be: I never was interested in this kind of analysis. My insight about the present negociations for peace in Afghanistan is the followings: - the people living in Afghanistan are craving for peace, but not at any cost; - they would'nt sacrifice some fundamental changes that where re-secured during the past 13 years, such as women's rights, individual choices, modern progress (education for everybody, phone, media freedom, etc.); - they are very much aware that insecurity is challenging those changes, because protection in this environment is delivered by communities and not the State, and acceptance in a community is acquired by submission to its traditions; - they are inclined to believe that the conflict between the Taliban and international forces is fueled by irrelevant interests, which their own government cannot but bend to. Whoever leads them, the on-going negociations would only be another occurrence of tit for tat dealings, with no positive change for the people in Afghanistan, if no consideration would be taken for an immediate cease-fire and for overall social protection systems that would free the individuals from their allegiance to sectarian groups. I hope these would help your writings. Best regards, Gauhar ''

samedi 25 juillet 2015

Fracture du système-monde !

Il est arrivé, tout beau, tout neuf :)

Anthropologie de l'égalité sur une zone de fracture du système-monde
Soit 365 pages d'anecdotes et de réflexions personnelles pour vous propulser au cœur de la complexité de l'affrontement des mondes.

Vous le trouverez chez L'Harmattan, rue des Écoles à Paris. Et bien sûr, sur internet dès que la période estivale en aura ménagé la possibilité !

samedi 20 juin 2015

Istanbul du soir au matin

Port d'Üsküdar
Chaque escale à Istanbul offre ses perspectives, cette fois-ci c'est la rive asiatique qui dévoile ses beautés à l'occasion d'une balade sur le front de mer ou de la recherche d'un restaurant dans les ruelles d'Üsküdar.
Etal du maraîcher d'Üsküdar

Au petit matin, on devine dans la brume les silhouettes historiques de la vieille ville, de l'autre côté du Bosphore.
Skyline d'Istanbul

jeudi 18 juin 2015

Fin de journée, fin de période

Première soirée du ramadan
Première soirée de Ramadan, dernière soirée à Kaboul pour la saison. Ma journée passée en rangements et à la diète (parce que mon estomac est barbouillé d'une omelette douteuse il y a deux jours) se termine fenêtres grandes ouvertes, à écouter la litanie de l'appel à la rupture du jeûne dans la douceur du crépuscule.

Je n'ai pas envie de partir. Mais il y a des choses que l'on ne choisit pas.

Un petit tour au sud et puis s'en va !

Préparation du pique-nique
En ces temps-là, on partait en expédition quelques jours aux fins-fonds du Logar en n'emportant que de quoi faire un pique-nique sur la route.

Pour le reste, on s'en remettait à la bienveillance des habitants,
Femmes à l'oeuvre à Ludin
suppléée au besoin par la beauté des paysages.
Vallée d'Azra

Mais notre émerveillement arrivait à peine à la hauteur de la curiosité des enfants !
Enfants de Baraki Barak

mardi 16 juin 2015

Revoir le Pandjchir...?

Accueil au Pandjchir
Un baba fièrement calé devant son champ...

Dispositif d'irrigation à l'entrée du Pandjchir
Une rivière impétueuse qui fait vivre des centaines d'hectares de culture...

Traversée du Pandjchir sur pont de singe Des habitants intrépides qui dominent leur sujet ;)

Sur le chemin de l'école en Pandjchir
Et des gamines enthousiastes sur le chemin de l'école !

lundi 15 juin 2015

Escarpolette ?

On se balance...
Un coup d’œil en face pour découvrir deux filles joyeusement grimpées sur l'échelle de bambou qui leur permet d'accéder au toit... et balançant en cadence pour s'amuser :) C'est-y pas mignon ?

Continuons quand même dans la nostalgie, avec une échappée vers le nord.
Vers le nord

Dès qu'on atteint la plaine de Chamali (qui tient son nom de sa position au nord de Kaboul), la première étape pourrait être la vallée d'Istalif...
Sur la route d'Istalif
...dont les poteries renommées sont à disposition des chalands tout au long de la grand-route. Poteries d'Istalif au détail

On doutera aujourd'hui que la clientèle soit nombreuse.

dimanche 14 juin 2015

Débourrage

On rénove les matelas...
Occupée que j'étais à préparer un billet de vieilles photos, j'ai failli négliger les bruits sourds que j'entendais chez les voisins. Ça tapait, ça battait, ça cognait... le terme qui vous plaira, mais ça traitait durement une série de matelas dans la perspective de les rendre plus confortables à leurs usagers ;) En Afghanistan, c'est un métier à part entière. On voit se promener en ville de curieux instruments, hybrides monumentaux de la harpe et de l'arc, dont les propriétaires vendent les services de porte en porte, à la journée. Je n'ai pas la moindre idée de comment on appelle ça en persan. En français, est-ce du cardage ? Ici, il s'agit d'ouvrir le matelas, d'en sortir tout son coton pour l'occasion, puis de le réintégrer à sa toile que l'on recoud.

Déjà il y a quelques semaines je les avais aperçus du haut de mon perchoir, trop tard. Cette fois-ci, je n'ai pas eu la chance de voir à l’œuvre les mystérieux instruments, juste la séance de battage consécutive à la refermeture du matelas. Mais du coup, je me suis postée en embuscade pour avoir une chance de vous les montrer. Voici donc la paire de cardeurs (?) avec leurs instruments bien calés sur leurs vélos, à la sortie de chez leur cliente ! :)
Deux cardeurs après ouvrage

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