Difficile de montrer les réalités de la vie dans une ville en guerre. Quoi de plus serein en effet qu'un ciel de début d'hiver, dont le soleil couchant illumine les montagnes vers l'est... mais pas que ! Cet insecte blanc en haut de la photo, accroché à un câble deux cents mètres au-dessus du palais présidentiel (...ou de l'ambassade américaine, au choix ;) ), contient une panoplie d'instruments électroniques destinés à surveiller déplacements et communications suspects. Un tel engin avait été testé et utilisé avec succès à Tagab à l'époque de l'intervention française, jusqu'à ce que les insurgés le descendent à coup de rockets.
Mouchards dans le ciel
Les Kaboulis - après les Tagabis deux ans plus tôt - ont appris à vivre sous l’œil du cyclope, auquel un jumeau a été attribué - on le voit un peu plus loin, au raz de l'horizon à droite de la photo, au-dessus de la zone où sont rassemblés les camps militaires sur la route de Djallalabad. En examinant attentivement la photo toujours vers l'horizon, on remarque aussi deux insectes noirs rasant les bâtiments : deux hélicoptères en patrouille.

S'habitue-t-on à être surveillé, mesuré, écouté en permanence ? Cela améliore-t-il réellement la sécurité au quotidien ? Est-ce un outil indispensable pour aller vers la paix ? Ce n'est pas l'expérience des Kaboulis. Aujourd'hui encore, je discutais avec des professionnels afghans, dans le cadre d'un programme de protection de l'enfance. Leur premier souci, à titre personnel, c'est qu'aucun système de protection sociale n'existe pour leurs familles si un malheur devait leur arriver. Homme ou femme, leur salaire fait vivre toute une famille. Leur voisinage les jalouse comme des nantis parce qu'ils ont la chance d'avoir du travail, ce qui les met au risque d'un enlèvement crapuleux. Et même ces pauvres avantages - un revenu mensuel de deux ou trois cents dollars - sont en train de leur glisser entre les doigts, avec l'extinction de la plupart des programmes d'aide internationale. Oui, il y a urgence. Elle nous concerne tous.