Arrivée à Kaboul
Comme moi, ces deux filles sortent de l'avion. Comme moi, elles ont attrapé à Istanbul le vol de nuit qui récupère tous les voyageurs en provenance d'Europe et à destination de l'Afghanistan. Comme moi, elles ont tiré leurs valises à travers les allées sécurisées jusqu'à la zone de stationnement où des familiers vont venir les chercher en voiture. Comme moi, elles attendent joyeusement, tout à leur bonheur de se retrouver dans la capitale chère à leur cœur, Kaboul jan... Comme moi, elles ont glissé sur leurs cheveux, à l'atterrissage, un foulard qui leur confère une aura de bienséance.

C'est un geste de pure forme, un simple ticket d'entrée. Car leur attitude les place d'emblée dans le clan des aventurières, des rebelles. Elles se congratulent en s'immortalisant mutuellement sur leurs téléphones. Leurs tuniques mi-longues dévoilent largement les courbes de leurs corps, haussés sur des talons improbables et soigneusement parés des attributs de la féminité flamboyante. Elles font partie de ces enfants de la guerre qui ont accédé à l'adolescence au beau milieu de la bulle de l'aide internationale, les jeunes 'Titanic' : ils portent à bout de bras et à leurs risques et périls l'ambition d'une société où les déterminations individuelles s'épanouissent et contribuent au progrès de tous. Elles sont la facette paillettes de la médaille du courage décernée périodiquement dans les soubresauts de l'actualité afghane, comme Farkhunda il y a un an, en avait présenté une facette vertueuse et martyrisée. Bon courage, les belles !

Dans la série des gestes d'accueil, j'ai eu droit aux grands sourires du fils du kaka ouzbek chez lequel je fais mon marché depuis quelques années. Jusqu'à présent, ce garçon d'une vingtaine d'années se renfrognait quand il me voyait débouler dans la boutique. Je comprend que, depuis la dernière fois, il a appris que j'étais française et non pas américaine comme il le croyait jusque-là... Manifestement, ça change tout !