Tempête de poussière à Kaboul
Comme Washington, comme Moscou, Kaboul aussi a sa "maison blanche". C'est le bâtiment de sept étages qui abrite les services du Conseil des ministres, juste en face du ministère de la Défense, à walking distance du palais présidentiel ou encore de l'ambassade de France. Bien qu'y étant conviée ce matin pour rencontrer une haute personnalité, je ne vous en propose aucune photo car elle fait partie des lieux interdits histoire de ne pas donner d'éléments aux terroristes. Voici plutôt donc la tempête de poussière qui a suivi peu après sous mes fenêtres...

De l'exercice, je garde un goût amer. Mon interlocuteur a profusément souscrit à l'argument de ma recherche : pour redonner confiance à la population afghane écrasée par les intérêts des empires mondiaux, un projet de protection sociale initié avec des financements privés internationaux est bienvenu. Pourtant, quand il s'agit de lui demander d'agir pour solliciter des soutiens symboliques de haut niveau - le président et le chef de l'exécutif - conjointement afin de dépasser le blocage politique actuel, il dégaine son argumentaire de bureaucrate entranché dans la logique tribale : "pour être convaincant, votre projet doit avoir une équipe..." Comprendre : "alignez donc quelques fonds qui bénéficieront à nos affidés !"

Je lui explique que je compte mobiliser localement des groupes de travail bénévoles qui feraient émerger des idées nouvelles et dessineraient un projet pilote avant d'espérer convaincre les grands donateurs. Il me faudrait circuler librement, avec un visa de longue durée plutôt que des visas de tourisme à chaque visite. "Même moi, quand je dois aller en Europe, j'attends des semaines avant de recevoir mon visa ! Les règles sont les règles," semble-t-il mettre un malin plaisir à me sussurer. C'est le badal, la loi du talion... Mais il est prêt à me faire "parrainer" au ministère des Affaires étrangères, pour que je reçoive un statut de consultante-chercheuse dépendant de ses services. Auquel cas le projet tomberait dans son escarcelle, bien sûr, avec tous les éventuels bénéfices politiques et financiers !

Le serpent se mord la queue. Les cadres gouvernementaux afghans savent qu'ils sont les jouets d'un jeu qu'ils ne maîtrisent pas. Ils ont appris à y survivre en en tirant les ficelles, en ramassant les miettes de la politique du chaos menée par la Maison blanche américaine. Les tempêtes de poussière sont leur élément naturel.