Collines de Khairkhana
Le petit jour est comme un autre, radieux sur les collines, avec les vols de pigeon qui piquettent le ciel de leurs circonvolutions... Mais ce qui me réveille vraiment, c'est le calme inhabituel à ma fenêtre pourtant grand ouverte sur la fraîcheur de la nuit. Et puis je me souviens... Hier soir, alors que Shekeb me raccompagnait après le dîner partagé dans sa famille, nous avons trouvé le début de ma rue - l'avenue de Sherpour - bloqué par un conteneur posé en travers de la chaussée, au carrefour du Shahid. Il n'y était pas deux heures auparavant quand Shekeb était venu me chercher. L'Ambassade avait alerté : "Une importante manifestation est prévue demain lundi 16 mai dans la ville de Kaboul. En raison de la multiplicité de ses points de départ et de l’ampleur du dispositif de sécurité qui a été prévu, la circulation pourrait se révéler très difficile voire impossible."

Au lieu de klaxons et bruits de moteur, ce sont donc claquements de sabots sur le macadam et annonces de policiers au mégaphone qui troublent l'ambiance sonore quasi champêtre de cette matinée.
Carriole sur l'avenue de Sherpour
Le premier vice-président peut rester au calme à faire sa propagande ;)
Radio Dostum à Sherpour

8h30 : Des clameurs de manifestation se font entendre, comme d'une foule serrée haranguée par mégaphone. A la fenêtre, je ne remarque rien de particulier dans les avenues alentour, et il me semble bien que ce fond sonore est diffusé par le haut-parleur de la mosquée voisine...
10h45 : Un cortège clairsemé de manifestants passe effectivement le long de l'avenue Shahid, soutenu par quelques slogans. La mosquée - silencieuse depuis deux heures - se remet alors à émettre à plein volume les enregistrements précédents, histoire de galvaniser les troupes. Les hélicoptères de l'armée tournent au-dessus.

A la mi-journée sont publiés les commentaires de presse. Le coeur de la ville dans sa totalité avait été interdit aux véhicules par la pose de conteneurs sur les grandes artères menant au centre. Les manifestants ont respecté ce périmètre de sécurité - qu'ils auraient pu franchir à pied - et se sont rassemblés du côté sud de la ville, au carrefour de Deh-Mazang, où ils auraient été des dizaines de milliers. Les leaders de la communauté hazara ont joué la désescalade, en se faisant l'écho des mesures prises officiellement pour revoir le projet TUTAP, suspendu pour six mois. La manifestation s'est dispersée dans le calme.
A dix-sept heures, pourtant, Tolo News publie un article mentionnant des heurts entre manifestants et journalistes, au moment où ceux-ci étaient occupés à filmer des échauffourées avec la police. Plusieurs journalistes auraient été tabassés...