Panneaux solaires à l'aéroport
Donc, ce matin au petit jour je termine mes préparatifs pour le voyage : trois bagages dont j'imagine qu'ils me vaudront un excédent, et je laisse derrière moi les meubles, tapis, coussins et appareils ménagers que je confie à un ami pour les remettre à une famille nécessiteuse de sa connaissance. Certaines pièces d'ameublement ont déjà fait l'objet de cadeaux à d'autres amis : coiffeuse et son miroir à une jeune mariée, meuble bibliothèque à un intello méritant, bureau et micro-onde à l'aîné courageux d'une grande famille...

J'ai calculé large pour mon arrivée à l'aéroport, et je voyage souvent le vendredi afin d'éviter les embouteillages urbains. J'ai donc le temps de faire la photo des panneaux solaires qui permettent l'autonomie énergétique du complexe aéroportuaire. Ils occupent la place qui avait été initialement affectée à un grand parking, lequel a été relégué beaucoup plus loin par les mesures de sécurité. Arrivée à l'enregistrement, je règle sans sourciller la surtaxe de poids, puis me dirige vers la zone d'embarquement où j'espère pouvoir piquer un roupillon en attendant l'heure.

Au contrôle de l'immigration, je signale ma bonne foi en pointant que mon visa est expiré depuis cinq jours. Pour ceux qui suivent, j'avais eu bien du mal à l'obtenir, et l'ambassade afghane à Paris ne m'avait finalement délivré qu'un mois sur les deux que j'avais payés, arguant que le double coût était dû au titre de la ...procédure d'urgence ! Mais il suffirait, selon l'expérience de voyageurs précédents, de s'acquitter d'une taxe-amende correspondant aux jours en dépassement, cinq dans mon cas.

Et là, la machine s'enraye. L'officier d'immigration me dit que je ne peux pas embarquer. Malgré mes protestations, ma réservation est annulée et reprogrammée deux jours plus tard - une cinquantaine de dollars quand même - et je me retrouve dans un taxi - mon accompagnateur est parti depuis longtemps - avec consigne de me présenter au ministère du Tourisme pour la prolongation si je veux avoir l'insigne privilège d'embarquer la prochaine fois. Les amis auxquels je téléphone sont atterrés, et concluent que le vendredi il ne doit pas y avoir de fonctionnaire ad hoc à l'aéroport...

Pour compléter l'amertume de cette journée, une fois rentrée dans mon appartement où j'espère passer les quarante-huit heures de délai puisque j'en suis légitimement la locataire encore jusqu'au 20 juin, je découvre que ces quelques heures ont suffi pour que les plus belles pièces d'ameublement en aient été subtilisées par l'un des bénéficiaires de mes dons, non satisfait de la répartition que j'avais programmée...

L'Afghanistan cherche-t-il à se faire haïr ? Ou est-ce seulement une manifestation du désespoir ambiant, qu'une délicate opération de médiation pourrait dépasser en redonnant à chacun l'assurance d'être estimé et l'occasion de manifester son honneur ?