Adieux douloureux à la Guérinière
L'amertume sourdait dans la tristesse, ce matin sous le soleil piquant, quand les Noirmoutrins ont assisté impuissants au départ de leurs "gars" vers un nouveau lieu d'accueil. Ces huit jeunes gens afghans et pakistanais avaient débarqué à l'automne dernier, transportés en car par l'administration française depuis Calais vers un point de chute choisi au hasard parmi ceux disséminés partout en France, sans cohérence globale autre que le volontariat local. A l'initiative de sa Maire, la commune de la Guérinière en avait été. Tout un groupe de bénévoles de l'Île s'était alors mobilisé pour rendre leur séjour agréable à ces déracinés, démunis de tout et loin de leurs familles souvent quittées depuis plus d'un an dans l'angoisse et la précipitation. On savait que c'était provisoire, les logements devant être libérés avant l'été pour revenir à leur destination habituelle, l'hébergement de gendarmes saisonniers. Mais les services centraux avaient assuré que ce laps de temps serait suffisant à clarifier les dossiers officiels dans la perspective d'une intégration.

En presque six mois donc, des liens forts se sont noués avec ces jeunes migrants forcés. Pour égayer leur état d'esprit indexé sur le tracas des demandes d'asile, l'équipe d'accueil - bénévoles et travailleurs sociaux - a animé tout un programme d'activités linguistiques, culturelles et sportives et de suivi sanitaire. Le caractère de chacun d'entre eux, le traumatisme qui l'a mené sur les chemins de l'exil, ses aspirations à un avenir meilleur restaient pourtant l'objet des inquiétudes de la petite communauté qui s'est organisée autour d'eux. Alors, quand se sont succédées les annonces de rejet de chacun des dossiers, quand les arcanes des procédures se sont faites de plus en plus incompréhensibles sinon carrément injustes, l'humeur générale s'est détèriorée, chez les hôtes comme chez les invités.

Aujourd'hui, alors que les larmes coulaient sans retenue dans les embrassades de la séparation, les commentaires fusaient : "Pourquoi détruit-on une intégration qui se passait si bien ? C'est comme si quelqu'un cherchait à les regrouper pour pouvoir plus facilement les expulser le moment venu !" On se demande alors s'il ne serait pas opportun de porter la question au niveau politique national... Garantir le droit d'asile et en appliquer généreusement les dispositions ne serait-il pas un engagement qui pourrait faire la différence dans la course à la présidentielle française ?

Alors seulement l'antienne de la fraternité pourrait-elle se prévaloir de mettre un pont entre la liberté et l'égalité.
Un pont sur le marais noirmoutrin